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Études de cas

Le déclin du Huart à Collier dans le Parc National Kejimkujik

1. Aperçu du problème

Le parc national Kejimkujik est une zone protégée intérieure abondamment boisée et renfermant des lacs intérieurs et des rivières, ainsi que des espèces végétales et animales rares. Bien qu'il soit éloigné de toute industrie polluante, les organismes des huarts du parc contiennent deux fois plus de mercure (5,7 parties par million) que les huarts de n'importe où ailleurs en Amérique du Nord. Ils ont aussi des taux de succès de reproduction deux fois moins élevés. Dans les lacs Keji (et ailleurs le long de la côte est) les populations de huarts à collier sont sujettes à des maladies que les scientifiques ne voient pas ailleurs.

2. Renseignements scientifiques

Le huart à collier est situé près du sommet de la chaîne alimentaire. Les scientifiques s'en servent comme espèce indicatrice afin de déterminer la santé des écosystèmes aquatiques de l'Amérique du Nord.

Aux États_Unis, dans des états comme l'Idaho et le Washington, on ne trouve que quelques paires de reproducteurs. Dans d'autres états, une ou deux douzaines tiennent bon.

Le mercure

La suppression du système immunitaire (c._à_d. l'impossibilité de combattre les infections et la maladie) est un effet secondaire connu de l'empoisonnement par le mercure.

Des scientifiques étudient les huarts à collier du parc Kejimkujik dont les taux de mercure sont élevés afin de déterminer s'ils sont sujets à des niveaux anormaux d'infection et de maladie (c._à_d. liés à la suppression de leur système immunitaire), à une diminution de leur diversité génétique et à des perturbations endocriniennes (ou des caractères sexuels). Tous ces problèmes représentent des effets secondaires connus de l'empoisonnement par le mercure. Jusqu'à présent, les données indiquent que ces problèmes sont présents chez les huarts à collier des lacs Keji.

Les huarts semblent accumuler des niveaux croissants de métaux toxiques, comme le plomb et le mercure. Dans les réseaux aquatiques, le mercure qui a voyagé sur les courants d'air à partir des cheminées industrielles des États_Unis est capté par les bactéries des lacs de la Nouvelle_Écosse. Le mercure fait ensuite son chemin le long de la chaîne alimentaire. Les bactéries contenant du mercure sont mangées par les organismes plus gros, puis par les poissons. Les poissons accumulent ainsi des niveaux de plus en plus importants de mercure (bio_accumulation). La mère huart qui a consommé ces poissons transmet le mercure à ses oisillons.

Les oisillons naissent avec du mercure dans leurs muscles et leurs os, puis ils mangent du poisson qui en contient également.

L'utilisation du mercure à des fins industrielles a considérablement diminué. Les centrales thermiques à charbon sont la première source de pollution au mercure. (Les producteurs d'énergie américains disent qu'il en coûterait 10 milliards de dollars US pour installer des épurateurs_laveurs qui permettraient de se débarrasser du mercure.) Entretemps, des pays comme la Chine font brûler des montagnes de charbon et les émissions de mercure qui en résultent sont transportées d'un bout à l'autre du monde sur les courants du Jet Stream.

Tous les poissons de l'est de l'Amérique du Nord contiennent du mercure et les autorités en matière de santé publique disent aux gens que de trop consommer de poisson peut comporter des risques dangereux pour la santé. Les humains peuvent choisir de ne pas consommer de poisson; quant aux huarts et aux autres animaux mangeurs de poisson, le choix ne se pose pas.

Lacs acides

Même les lacs légèrement acides peuvent faire en sorte qu'il manque des éléments essentiels à la chaîne alimentaire des huarts. Les lacs Keji sont extrêmement acides, en raison de l'accumulation d'années de pollution atmosphérique par des émissions acidifiantes, surtout le dioxyde de soufre des industries à cheminées américaines. En plus, les émissions d'oxyde nitreux (le smog causé par les automobiles et les camions) augmentent, ce qui rend encore plus grave le problème de l'acidification. Avant les années 1970, les lacs du parc étaient très sains et plusieurs huarts s'en servaient pour la reproduction et la nidification.

Le socle rocheux de Kemjimkujik est de granit. Ce type de roche ne peut atténuer l'acidité. (Dans d'autres régions des Maritimes, le socle contient de la pierre calcaire, ce qui permet d'atténuer quelque peu les effets des pluies acides.)

Les oisillons se nourrissent de tout petits poissons et d'invertébrés comme les larves de libellules, les sangsues et d'autres insectes. Dans les lacs acides, l'approvisionnement en éléments nutritifs clés potentiels diminue et les jeunes huarts meurent de faim.

Les lacs acides tuent généralement la nourriture sur laquelle dépendent les poissons, ce qui signifie un apport alimentaire moins important tant pour les huarts adultes que pour les oisillons.

Bien que les huarts adultes puissent s'envoler vers des lacs plus productifs, ils ne peuvent pas rapporter des poissons pour leur progéniture. Les oisillons dépendent entièrement de la nourriture qu'ils trouvent dans leur lac natal.

Il est impossible de résoudre le problème des lacs acides sans un contrôle plus serré des émissions.

Joe Kereks, un chercheur du Service canadien de la faune présentement à la retraite et le premier Canadien à étudier le problème des pluies acides, se souvient d'avoir visité un petit lac en Nouvelle_Écosse et d'avoir observer un huart à la recherche de poisson dans ses eaux limpides. " Je savais que le lac était mort, mais le huart a persévéré pendant un bon bout de temps avant d'abandonner. "

Effets cumulatifs

Les roches contenaient déjà du mercure élémentaire à leur formation ce qui, dans le passé, ne causait pas de problèmes pour les écosystèmes. Cependant, les pluies acides lessivent ce mercure des roches et des sols, et il finit par se retrouver dans les rivières et les lacs.

La pêche sportive

L'enchevêtrement dans les lignes et les filets de pêche est une cause importante de mortalité chez les huarts. (Les déchets, comme les attaches de plastique sur les emballages de canettes de bière, les sacs en plastique, sont aussi des tueurs d'importance.)

Bien que les huarts sont connus pour voler de petits poissons de la ligne des pêcheurs, plus souvent, ils attrapent les poissons qui ont cassé leur ligne. Les huarts, attirés par un poisson ayant de la difficulté à nager, l'avalent… avec l'hameçon, la ligne et le plomb. Une mort lente mais inévitable s'ensuit, alors que le plomb est graduellement absorbé par les os et la cervelle de l'oiseau. Même les plus petits plombs fendus peuvent être mortels. L'empoisonnement par le plomb est beaucoup plus important qu'on peut le croire.

Les scientifiques estiment que 500 tonnes métriques de plombs et de turluttes en plomb sont perdues dans les lacs et rivières du Canada chaque année. On ne trouve jamais la grande majorité des victimes, car tout comme beaucoup d'animaux sauvages, les huarts se cachent lorsqu'ils tombent malades et on ne les voit que rarement.

Perte d'habitat en raison de perturbations humaines

Les activités humaines comme l'utilisation des bateaux de plaisance (surtout les embarcations motorisées) sont la cause de perturbations importantes chez les huarts qui s'alimentent et nichent. Le sillage des bateaux peut submerger les oeufs dans les nids qui se trouvent à proximité du rivage. Tous les ans, des huarts meurent après être entrés en collision avec un bateau.

Bien que les embarcations motorisées soient interdites dans le parc national Kejimkujik, de nombreux touristes louent ou se servent de kayaks et de canots sur le vaste réseau de lacs. Cette activité récréative est la marque distinctive du parc : on le connaît comme un parc pour les amateurs de canotage.

À l'extérieur du parc, un nouveau " monstre " a fait son apparition sur plusieurs lacs : il s'agit de la motomarine, ou Jet Ski. Cette embarcation peut suivre les huarts jusque dans les eaux peu profondes, où ils trouvaient autrefois refuge.

Les chalets construits le long des rives des lacs très souvent occupent ce qui était auparavant l'habitat de nidification des huarts. Les huarts sont des oiseaux timides qui s'efforceront d'éviter les endroits où habitent les humains. Sur le grand lac Kejimkujik, on permet aux visiteurs de faire du camping sur certaines îles.

À la fin des années 1970, l'état du New Hampshire avait perdu la moitié de ses huarts nicheurs en raison de perturbations humaines. Par exemple, les gens donnaient à manger aux ratons laveurs qui mangeaient les oeufs des huarts. Les goélands, attirés par les dépotoirs créés pour les chalets, se gavaient aussi de leurs oeufs. Il est aussi possible trop aimer les huarts; les campeurs, voulant s'en approcher, installaient leurs tentes sur leurs lieux de nidification.

Instructeur

Selon l'Inventaire canadien des huarts à collier, il y aurait entre 250 000 et 500 000 huarts à collier au Canada.

Comme il s'agit d'une espèce non_chassée, le huart n'avait pas d'importance économique. Dans les années 1970, il était presque impossible d'obtenir du financement pour en faire l'étude. Aujourd'hui, le huart génère plus d'argent que les canards ou que tout autre oiseau.

Le huart est un symbole mystique de la nature sauvage canadienne.
Plusieurs peuples autochtones (les Cris, les Inuits et les Ojibways) ont des légendes voulant que le huart puisse restaurer la vue aux aveugles. Dans une de ces légendes, un garçon reçoit le don de voir les choses telles qu'elles sont. En retour, il place un collier de coquilles autour du cou du huart.

" Je n'en verrai plus jamais 60 sur un lac. " Jack Barr (éminence grise de la communauté des chercheurs sur le huart canadien).

Les chasseurs considéraient le huart comme un compétiteur " Le seul huart utile est un huart mort. "

Les huarts construisent leurs nids près du rivage. Une baisse ou une hausse du niveau de l'eau de moins d'un mètre peut signifier que le nid sera submergé ou qu'il deviendra hors d'atteinte. Même le sillage des bateaux peut avoir des répercussions néfastes.

Nous savons maintenant que les faibles taux de mercure qui se trouvent dans les fruits de mer que consomment les mères humaines ont un effet sur les capacités cognitives de leurs enfants. Une étude publiée au Danemark en 1997 a révélé que lorsque les femmes enceintes mangent des fruits de mer dont les taux de mercure sont bien inférieurs à ceux établis par l'Oganisation mondiale de la santé en tant que limite sécuritaire, leurs enfants ont des difficultés au niveau de l'apprentissage, de la rétention et d'autres habiletés.

Les activités humaines sont la conséquence directe de la mort de soixante_douze pour cent des huarts sur lesquels on a pratiqué une autopsie entre 1993 et 1996. La plupart de ces oiseaux sont morts après avoir avalé un plomb (en Ontario, 25% des morts sont attribuables aux plombs), mais certains sont morts des suites d'une collision avec un bateau ou une voiture, ou après s'être enchevêtrés dans des lignes ou des filets de pêche. Sept avaient été tirés au fusil. Aujourd'hui, il y a un autre monstre sur les lacs : la motomarine (le Jet Ski ou Sea Doo). Ces embarcations peuvent suivre les huarts jusque dans les eaux peu profondes où ils trouvaient refuge.

Les scientifiques estiment qu'en raison de l'activité humaine, la biodiversité disparaît plus rapidement que jamais __ à un rythme de 1 000 à 10 000 fois plus rapide que le taux naturel.

Il ne fait aucun doute que la perte de la biodiversité à de sérieuses répercussions sur la pêche en général.

Le huart est un exemple de biodiversité en crise. Les perturbations humaines ont provoqué l'élimination des huarts.

Même si les émissions devaient disparaître demain, des décennies de dépôts de mercure et de dioxyde de soufre resteraient dans les sols et les sédiments.

En raison de l'interdépendance qui caractérise la vie, toutes les créatures doivent être maintenues de façon égale.


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Information mise à jour le : 02/07/2002